Phéromone contre la pyrale du buis

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La pyrale

En 2005 est apparue en Allemagne une chenille défoliatrice, qui s’est propagée en Suisse et atteint notre frontière par le Bas-Rhin en 2008. Aujourd’hui, elle infeste la quasi-totalité des départements français. Une dizaine environ ne semble pas être encore touchée.

Ce ravageur se nomme la pyrale, papillon de la famille des Lépidoptères. Il a été introduit fortuitement dans un lot de buis importé de Chine.

Les attaques de la pyrale du buis touchent uniquement le buis (Buxus sempervirens) et plus particulièrement Buxus sempervirens “Rotundifolia” (buis à feuilles rondes) et le buis du Caucase, appelé aussi  buis de Colchide (Buxus colchica).

Le Diaphania Perspectalis ou Cydalima Perspectalis, son nom scientifique, est un papillon invisible, car il vit la nuit. Il est toutefois attiré par la lumière. Il n’est pas très gros, assez esthétique avec ses ailes d’un blanc nacré bordées d’un liséré marron. Il peut être également entièrement brun. Mais ses chenilles sont voraces et peuvent atteindre jusqu’à 5 centimètres.

La grande majorité des papillons nocturnes ne se nourrissent pas une fois adultes, car ils n’ont pas de trompe. Ce détail est très important, car cela signifie qu’ils ont une durée de vie limitée et donc la ponte a également une durée réduite.

Hélas ! Ce n’est pas le cas de la pyrale, qui continue à se nourrir une fois adulte. Il dispose donc de plus de temps pour faire de nombreuses pontes, d’où une prolifération rapide et difficile à endiguer.

Aspect des dégâts


Le buis est un arbuste rustique à croissance lente, idéal pour des haies, bordures et buisson décoratif isolé. Les ravages causés par ce papillon asiatique sont considérables, à tel point qu’une haie peut être entièrement dénudée en une saison.

Les chenilles dévorent les feuilles et l’écorce verte du buis, laissant fils de soie et déjections. Au premier abord, on pourrait penser que l’arbre subit une attaque fongique au regard du jaunissement de ses feuilles. L’invasion initiale n’est peut-être pas détectée, sauf surveillance approfondie, car les chenilles s’attaquent en premier à l’intérieur de l’arbuste.

Cycle de la pyrale


Pyrale du buisLa femelle pond 200 à 300 œufs par ponte. Ceux-ci sont collés sous les feuilles des buis et éclosent au bout de 48 h. Les chenilles, vertes à tête noire et luisante, se mettent donc à dévorer les feuilles en continu. Elles muent 4 fois, devenant plus voraces après chaque mue.

A chaque stade d’évolution correspond une aggravation des ravages. Elles tissent des fils de soie à l’intérieur pour faciliter leurs déplacements, dévorent toute la verdure, allant jusqu’à s’attaquer aux tiges in fine. Elles les creusent et laissent éventuellement des ouvertures à d’autres parasites ou champignons qui peuvent, après coup, achever la plante.

Après un mois, elles ont atteint leur taille adulte, s’immobilisent afin de devenir chrysalide et qu’ait lieu la métamorphose. Trois semaines plus tard, les nouveaux papillons sont éclos et le cycle recommence immédiatement.

La pyrale du buis peut se reproduire quasiment toute l’année, sauf période très froide. Il ne disparaît malheureusement pas en hiver, ce serait trop beau ! La reproduction est fortement ralentie de novembre à mars. Cela n’empêche pas que c’est une population qui croît à vitesse effrénée, nécessitant une prise de conscience rapide de leurs dégâts.

Le buis est en effet très répandu dans nos jardins, publics et privés, ornement de nos patrimoines (châteaux et parcs) et de nos garrigues. Particuliers et collectivités doivent donc s’attaquer au problème sans tarder.

Les solutions


A la vitesse à laquelle ces ravageurs se répandent sur tout notre territoire, vous risquez d’être pris de court et de constater un jour que vos buis sont la cible de la Cydalima Perspectalis.

Il est vrai que, au tout début, la présence des chenilles est difficile à détecter. Toutefois, si vous constatez que vos buis ont les feuilles qui jaunissent et sont grignotées, c’est qu’il y a malheureusement infestation.

Eradication des infestations


Dans un premier temps, il va falloir éliminer les ravageurs. Il n’existe pas de prédateur de la pyrale à proprement parler. Les chauves-souris peuvent limiter la population de pyrales, les mésanges et les moineaux commencent à se nourrir des chenilles, mais comme elles concentrent les toxines du buis, elles ne sont pas l’aliment préféré de ces prédateurs. Cependant, installer des nichoirs au-dessus  ou dans le voisinage des buis contribuera certainement à limiter le nombre des papillons.

Il n’y a donc pas cinquante manières de s’y prendre lorsqu’un parasitage est détecté. On peut se jeter sur le premier insecticide venu, qui risque de détruire des plantes et organismes avoisinants et ne règleront que partiellement le problème. Cependant, depuis 2017 les produits phytosanitaires de synthèse ont été retirés de la vente, au profit de produits de bio-contrôle.

Oui, aujourd’hui la lutte biologique contre les ravageurs et nuisibles de tout poil est plutôt la tendance, pour le bien de l’environnement, de l’humain et de l’animal. Donc pour les chenilles, il faut pulvériser une bactérie nommée Bacille de Thuringe (Bacillus thurengiensis) qui est mortelle uniquement pour la chenille.

Ensuite, plus fastidieux, l’idéal est de ramasser les chenilles et de les brûler (très important). Le contact n’a absolument aucune toxicité pour l’homme, cela n’a rien de commun avec les chenilles processionnaires.

Si vous taillez vos buis après traitement, veillez également à incinérer les branches coupées.

La meilleure protection


Bien évidemment, la meilleure façon de s’éviter ce travail fastidieux est la surveillance de vos végétaux, comme pour tous les autres type de ravageurs (potager, fruitiers, etc.)

La prévention est donc le maître mot en la matière. La solution la plus intelligente et efficace est l’installation au préalable de pièges à phéromones pour limiter  la reproduction du papillon.

Comment cela fonctionne-t-il ? Les phéromones sont des molécules chimiques produites naturellement chez les insectes et les animaux. Elles peuvent servir à marquer leur territoire, donner des signaux à leur communauté, attirer les mâles pour la reproduction, etc.

Dans le cas des pièges, ceux-ci renferment des capsules contenant des phéromones sexuelles de synthèse.  Le mâle, leurré, pense qu’il est en présence d’une femelle en phase de reproduction. Epuisé à voler autour de la capsule, il tombe et meurt noyé dans le réceptacle du piège.

Traitement, la marche à suivre


Dès le printemps, mettez en place des pièges avec des capsules de phéromones longue durée contre la pyrale du buis. Vous pourrez ainsi suivre les vols et déterminer le meilleur moment pour introduire des trichogrammes prédateurs.

Il s’agit de petites guêpes qui vont parasiter la pyrale en pondant leurs œufs sur ceux des papillons. Leur efficacité avoisine les 90 %. Elles se présentent sous forme de diffuseurs à accrocher au cœur du buis.

Attention, les trichogrammes ne peuvent parasiter que les œufs, pas les chenilles. Vous trouverez ces insectes chez votre fournisseur de produits de jardinerie, de la même manière que vous pouvez acquérir des coccinelles ou des vers de terre.

Il faut donc veiller à faire le premier lâcher de prédateurs dès que les premières pyrales ont été prises au piège. Dans l’absolu, il faut à nouveau faire un lâcher de trichogrammes 2 semaines environ après le premier.

La meilleure période pour poser les pièges est d’avril à fin octobre, avec une surveillance et deux fois deux lâchers de trichogrammes pendant toute la période : mi-avril et début mai, puis début juillet et mi-juillet.

Lorsque vous acquerrez vos pièges et vos capsules, vous recevrez toutes les recommandations nécessaires à une bonne utilisation pour un résultat optimum.

Si vous regardez d’un air désolé vos buis dont il ne subsiste que les branches, sachez que le feuilles se reformeront. Les jardiniers du Château de Villandry, qui veillent jalousement sur leurs jardins à la française, vous recommandent dans ce cas une bonne taille (n’oubliez pas d’incinérer les bois coupés), du fertilisant au pied, et un arrosage régulier durant l’été. Le buis est un arbuste résistant. N’oubliez pas bien sûr ensuite le « monitoring » de vos plantes…

Pour les éradications de masse, l’INRA développe depuis quelques années un programme intitulé « SaveBuxus ». En effet, ce problème endémique pose un véritable problème à des très nombreuses communes françaises qui doivent lutter sur une grande échelle contre ce parasite pour préserver leur patrimoine topiaire.

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